femme-pervers

 

Étiologies des paraphilies

 

"À ce jour, aucune corrélation n’a été établie par des travaux de bonne méthodologie entre les pratiques sexuelles déviantes et une quelconque anomalie génétique ou biologique.

La physiologie de la réponse sexuelle masculine et les modalités d’action de la testostérone, en particulier au niveau cérébral, étant encore l’objet de nombreuses études, la relation entre le taux de la testostérone et la violence sexuelle dans les pratiques sexuelles déviantes est toujours sujette à controverse, bien que les traitements visant à diminuer la testostéronémie par castration chimique soient préconisés chez certains types d’agresseurs sexuels. De nombreux autres neurotransmetteurs sont également impliqués. Des modèles d’études avec groupe témoin sont nécessaires, les études publiées à ce jour étant très insuffisantes dans leur méthodologie.

Même s’il n’existe pas d’études consensuelles, la prudence impose de ne pas prescrire d’androgènes chez les hommes ayants des antécédents de violences ou d’agressions sexuelles.


Traitements et prise en charge

 

Dans le domaine particulier des agressions sexuelles commises par des sujets pervers, certains traitements sont proposés. Deux classes médicamenteuses principales sont utilisées pour traiter les paraphilies : les antidépresseurs de type sérotoninergique et les antiandrogènes. Les premières recommandations internationales sur le traitement pharmacologique des paraphilies ont été publiées en 2010. Récemment, en France, deux antiandrogènes ont obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour leur utilisation chez les délinquants sexuels : l’acétate de cyprotérone (Androcur®) et la triptoréline, analogue de la LH-RH (Salvacyl LP®). Mais ces traitements sont prescrits pour abraser les pulsions et non pour modifier les traits de personnalité du sujet. Le risque de récidive est important.

Le problème le plus difficile est celui de l’évaluation du risque de récidive et de la dangerosité. Il existe différents types d’échelles actuarielles ou cliniques qui peuvent aider à cette évaluation, mais un score global ne peut se substituer à l’analyse clinique d’un acte commis, dans sa complexité. Seule une prise en charge psychothérapique pourrait a priori permettre à un sujet de modifier les composantes pathologiques de sa personnalité, seule l’empathie du thérapeute vis-à-vis de l’agresseur, considéré le plus souvent par tous comme un « monstre », peut lui redonner l’humanité nécessaire à l’abandon de ses mécanismes de déni.

Plus récemment, certaines équipes ont cherché des alternatives pharmacologiques à la castration chimique. Une revue récente de la littérature sur la place des antidépresseurs de type inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (IRSS) dans le traitement des auteurs d’infractions sexuelles a mis en évidence que ceux-ci n’étaient une aide thérapeutique que dans les troubles sexuels addictifs et n’avaient aucune efficacité dans les paraphilies [37]: cependant, il n’y avait aucune étude randomisée versus placebo ni versus castration chimique dans ce groupe.

Les IRSS peuvent être indiqués, hors AMM, chez les sujets paraphiles en cas de contre-indication à la castration chimique :

• jeunes auteurs n’ayant pas terminé leur puberté ;

• psychose chronique ;

• risque thromboembolique ;

• antécédents d’épilepsie ;

• ostéoporose importante.


Ils semblent efficaces, à des doses élevées, si la paraphilie est à forte tendance compulsive ou en cas de paraphilie de faible dangerosité, c’est-à-dire à faible risque de passage à l’acte, l’exhibitionnisme par exemple.

La sexologie a certainement une place dans la prise en charge des auteurs d’infractions à caractère sexuel, que ce soit chez les mineurs ou les adultes. Les sexologues sont pour le moment plus présents dans les soins aux victimes que dans l’approche expertale ou curative des auteurs.

Les recommandations de l’HAS pour la prise en charge des sujets pédophiles (actes paraphiles sur des mineurs de moins de 15 ans) ont été publiées en 2009.

Six niveaux ont été individualisés en fonction du profil du sujet paraphile, allant d’un risque très faible de passage à l’acte pour le niveau 1, où une psychothérapie est recommandée, à une paraphilie de dangerosité criminologique élevée correspondant au niveau 6, où une castration chimique par Androcur® et analogue de la LH-RH (Salvacyl®) est indiquée en première intention parallèlement à une psychothérapie".

Lien de l'article sur : http://www.urofrance.org/sites/default/files/fileadmin/documents/data/PU/2013/v23i9/S1166708712006306/main.pdf, "Pratiques sexuelles déviantes, paraphilies, perversions", P. Blachèrea , F. Cour, 2012