Scenes_de_la_vie_conjugale

 

Genre : drame
Année : 1973

Durée : 2h48

Synopsis : Quelques moments cruciaux de la vie d'un couple. Chronique qui s'etend sur vingt ans, en six chapitres. Le couple, en apparence solide, que forment Marianne et Johann, se délite à partir du moment où Johan s'éprend d'une jeune femme, Paula. 

La critique :

Une fois n'est pas coutume. Pour la première fois, le blog, Sexologues.com, vous propose la chronique d'un film, mais pas n'importe lequel puisqu'il s'agit de Scènes de la Vie Conjugale, d'Ingmar Bergman et qui analyse les rapports amoureux dans un couple. Explications.

Scénariste, réalisateur et metteur en scène de théâtre, Ingmar Bergman s'est peu à peu imposé comme l'un des plus grands cinéastes de toute l'histoire du noble Septième Art. Sa filmographie débute dès 1946 avec deux films : Crise et Il pleut sur notre amour. Par la suite, Ingmar Bergman va signer de nombreux chefs d'oeuvre notoires et notables, entre autres, Le Septième Sceau (1957), Les Fraises Sauvages (1957), le trop méconnu La Source (1960), Persona (1966), Cris et Chuchotements (1972), La Flûte Enchantée (1975), ou encore Sonate d'Automne (1978).
Ses thèmes de prédilection ? La psychanalyse, l'analyse des comportements humains, la métaphysique, l'introspection et aussi cette fascination pour ce bon viel adage de Stendhal : "Au premier grain de passion, il y a le premier grain de fiasco".

Un axiome que Bergman va tenter de décortiquer avec l'illustre Scènes de la Vie Conjugale, un autre long-métrage majeur de sa filmographie. A l'origine, Scènes de la Vie Conjugale est une série de six épisodes destinée à la télévision suédoise et sortie en 1973. L'année suivante, Ingmar Bergman décide de réaliser un condensé de cette série télévisée pour le cinéma. Un choix qui s'avère judicieux puisque le long-métrage remporte plusieurs récompenses, notamment le Golden Globe Award du meilleur film étranger. La distribution du film réunit Liv Ullmann, Erland Josephson, Bibi Andersson, Jan Malmsjö, Gunnel Lindblom et Anita Wall. En vérité, il est difficile de parler du scénario du film.
Tout d'abord, Scènes de la Vie Conjugale se divise en six chapitres (ou six épisodes) bien distincts : Innocence et panique, L'art de cacher la poussière sous les meubles, PaulaLa vallée des larmesLes analphabètesEn pleine nuit dans une maison obscure quelque part sur terre.

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Attention, SPOILERS ! (1) Johan et Marianne forment un couple heureux qui étale son bonheur conjugal dans les pages d’un magazine à la mode. Une soirée en compagnie d’un couple d’amis, Peter et Katarina, tourne au pugilat entre leurs deux invités. Marqués, Johan et Marianne commencent à se poser des questions sur un bonheur qui est peut-être factice. Les tensions montent jusqu’à ce que Johan annonce à Marianne qu’il la quitte pour Paula son amante (1).
Scènes de la Vie Conjugale se propose d'analyser et de décortiquer la construction puis la déconstruction d'un couple (Johan et Marianne) à priori idyllique. Ainsi, la première partie du film s'ouvre sur une interview des deux énamourés. Premier constat, ce couple chimérique n'a pas traversé de véritable cataclysme. Johan et Marianne forment le couple idéal, certes avec quelques disputes qui émaillent sporadiquement leur quotidien, mais rien qui ne puisse à priori ébranler leur amour. 

Une chimère. Lors de cette interview élusive, une gène, un manque ou plutôt un grain de passion - comme le déclamerait Stendhal - semble s'être essoufflé, ventilé, escarpé depuis belle lurette. Preuve en est avec ce dîner durant lequel Johan et Marianne assistent à une violente dispute entre Peter et Katarina, un couple d'amis. En plein paradoxe de la passion, donc en pleine crise conjugale, les deux amants s'affrontent, s'invectivent, s'admonestent et s'agonisent d'injures.
Une autre réalité de la vie conjugale, celle que vous ne verrez jamais à la télévision, dans les journaux, dans les médias ou dans les sites de rencontre : toute relation conjugale est une lutte pour le pouvoir. Au fil du temps qui passe, le désir et la passion charnelle sont condamnés à s'étioler et à se désagréger. Invariablement. 

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Au grand dam d'Ingmar Bergman qui tente de comprendre pourquoi le couple semble condamné à vaciller puis à péricliter. La maxime de Stendhal devient alors une sorte de prophétie paradoxale et universelle. Mutin, Ingmar Bergman s'emploie alors à sonder les signes, les regards ostentatoires et les relations houleuses qui vont peu à peu à s'immiscer entre Johan et Marianne. En soi, la scène de ménage entre Peter et Katarina n'est qu'un catalyseur de la future tempête à venir. 
Le troisième chapitre, intitulé sobrement Paula, marque un tournant fatidique et rédhibitoire. Pour Johan et Marianne, c'est l'infidélité de monsieur qui va révéler cette faille et ce fossé inextinguible à l'intérieur du couple. Cette félonie, évidemment vécue comme une trahison, sonne le toxin de Marianne.

Dans l'incompréhension et le marasme total, la femme psychologue pense que c'est le manque de communication qui serait la cause primordiale et fondamentale de la faillite de son mariage. Une hérésie. Certes, hommes et femmes ne parlent pas le même langage et semblent condamnés à se méprendre et à converser invariablement dans le vide. Une réalité implacable. Et pourtant... Malgré la petite escapade avec Paula, Johan finit par revenir vers Marianne. 
Pour Ingmar Bergman, ce n'est ni la communication ni forcément cette amitié de façade qui façonnent ou cimentent le couple à long terme, mais ce sentiment ineffable d'attachement, celui qui renvoie les hommes et les femmes à leurs pulsions reptiliennes et archaïques. Ainsi inconsciemment, la féminité serait synonyme de maternage, de procréation, de soins, de douceur et d'instinct profondément nourricier ; alors que la masculinité serait intrinsèquement reliée à la sécurité et à la virilité. 

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Mais au fil du temps, ces images puissantes et primitives sont destinées à s'écrouler et à se déliter, inéluctablement, renvoyant le désir et la passion obsessionnelle dans leurs pénates. Ainsi, le couple s'engouffre dans une routine, dans une certaine forme de lassitude et tente de trouver des excuses à leur manque d'appétit sexuel. Ce n'est pas un hasard si Ingmar Bergman filme cette crise conjugale comme un quasi huis-clos, comme si le couple était fondamentalement condamné à l'impasse, à mutuellement s'étouffer pour ensuite se séparer, pour finalement se retrouver...
C'est ce même oxymore, conséquence de la lutte pour le pouvoir, qui semble dicter l'essence et la genèse d'un couple censé fonctionner sur la durée. Avec Scènes de la Vie Conjugale, Ingmar Bergman réalise tout simplement le meilleur film sur la complexité des rapports entre les hommes et les femmes. Indubitablement, un tel long-métrage, aussi fascinant qu'archaïque, mériterait sans doute un meilleur niveau d'analyse.