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Genre : documentaire

Année : 2016

Durée : 55 minutes

 

Synopsis : La rencontre de la sexualité rwandaise, en quête de l'eau sacrée, celle qui jaillit du corps des femmes. Guidé par Vestine, star extravagante des nuits radiophoniques, le film nous dévoile le mystère de l'éjaculation féminine.

La critique :

On oublie souvent de le dire et de le préciser, mais le Rwanda a connu un génocide et donc de graves problèmes politiques dans les années 1990, pour finalement aboutir à un régime démocratique aujourd’hui. C’est donc dans un pays en pleine reconstruction que le réalisateur belge, Olivier Jourdain, enquête non pas pour proposer une analyse sociologique, mais pour se centrer sur un sujet beaucoup plus pittoresque. En effet, à travers L’Eau Sacrée, un documentaire réalisé en 2016, le metteur en scène nous propose de dévoiler les mystères qui nimbent l’éjaculation féminine.
Qui aurait songé que les fameux mystères de cette fontaine de jouissance se trouvaient dans un pays de l’Afrique de l’Est ? 
En outre, il est amusant de notifier que cette libération de liquide a une vraie consonance cultuelle et qu’elle obéit à certains rites.

Ainsi, l’éjaculation féminine a aussi une dimension spirituelle puisqu’elle correspond, comme le titre du documentaire l’indique, à une eau sacrée, adoubée, sacralisée, déifiée et divinisée par la population. Il ne s’agit pas seulement de plaisir, de désir ni de béatitude sexuelle, même si ces dernières notions, pour le moins subjectives et spinescentes, ont leur importance. De prime abord, la genèse de cette eau sacrée, appelée kumyaza, a aussi une consonance historique.
Alors que son mari est parti à la guerre, une reine libidineuse ordonne à son serviteur de copuler avec elle. 
Mais l’homme vacille et tremble d’effroi à l’idée de froisser sa reine. Or, ce sont justement ces mêmes tremblements, qui frottent et frôlent à la fois le vagin et le clitoris, qui provoquent l’éjaculation féminine.

De facto, une femme parfaitement satisfaite doit exprimer son plaisir en éjaculant ce fameux liquide. Si l’émission ne se produit pas, la femme est vexée et l’homme est frustré. Par conséquent, l’existence d’un tel liquide a une vraie dimension civilisationnelle et générationnelle. L’histoire de cette reine érotomane est transmise de père en fils et de mère en fille. Point de sexologue ni de psychologue au Rwanda pour comprendre toute la nocuité des troubles sexuels et leurs corollaires sur les couples en déliquescence, mais des sortes de prêcheuses qui viennent haranguer les foules et transmettre les mystères du kumyaza. Au Rwanda, ce sont donc les femmes qui forment et initient les hommes à la quête du plaisir et à l’obtention de l’orgasme. Comme si, hommes et femmes, formaient les deux faces d’une même pièce et étaient, in fine, complémentaires. Selon ce documentaire, entre 80 et 90 % des femmes rwandaises émettraient ce liquide lors d’un rapport sexuel satisfaisant.
A condition que leurs hommes soient suffisamment formés et éduqués – si j’ose dire – à pratiquer le kumyaza. Malicieux, Olivier Jourdain élude le discours trop scientifique et pragmatique et opte pour un documentaire pittoresque et étrangement pudibond. Une façon comme une autre de minorer cette angoisse et cette appréhension avant le premier rapport coïtal, en espérant que ce pays, en voie de modernisme et de globalisation, ne soit pas victime à son tour des frustrations et des moralines de notre cher Occident.